Comment le Waldhaus Sils gère la succession d’une entreprise familiale

Un nouveau souffle pour une icône de l’hôtellerie alpine

Patrick et Claudio Dietrich appartiennent à la cinquième génération de propriétaires du Waldhaus Sils, hôtel mythique de la vallée de l’Engadine. Quand ils en ont repris les rênes, il leur a fallu surmonter les chocs économiques, vaincre les tensions opérationnelles et affronter le poids de l’histoire. Des défis dont ils ont tiré des leçons qu’ils appliquent aujourd’hui à leur manière.

Une affaire de famille depuis 1908

Depuis plus d’un siècle, les visiteurs qui arrivent au Waldhaus Sils sont frappés par l’atmosphère familiale qui y règne. La bâtisse blanche a beau surplomber avec majesté le lac de Sils et la vallée de l’Engadine, celles et ceux qui viennent profiter de l’une des 140 chambres ont toutes les chances de croiser Patrick Dietrich, l’un des propriétaires, ou d’échanger quelques mots avec son père, Felix Dietrich-Kienberger. Et même s’il préfère œuvrer en coulisses, Claudio, le frère de Patrick, n’est jamais très loin.

Quand nous avons repris la direction, le Waldhaus sortait d’une décennie enchantée. Nous ne le savions pas à l’époque, mais les années fastes étaient derrière nous.
— Claudio Dietrich

Le Waldhaus, qui a accueilli Albert Einstein, l’écrivain Thomas Mann, Marc Chagall et les musiciens Maurizio Pollini ou David Bowie, possède un impressionnant héritage culturel. Patrick et Claudio y ont été plongés dès leur plus tendre enfance et, adolescents, ils avaient pour mission matinale d’entretenir le minigolf situé à l’arrière de l’hôtel, dans la forêt.

Quelques décennies plus tard, en 2010, ils prenaient les rênes de l’établissement. Une transition fluide: ils connaissaient depuis longtemps le projet de leur père, à qui ils ont proposé de gérer la programmation culturelle, élément phare du Waldhaus, ainsi que les relations avec les clients historiques de l’hôtel et leur famille – un rôle que le patriarche occupe aujourd’hui encore.

Les frères Patrick et Claudio Dietrich. Crédit et copyright: Stefan Pielow

Mais un problème qu’aucun des deux frères n’avait anticipé a surgi. «Quand nous avons repris la direction, le Waldhaus sortait d’une décennie enchantée, raconte Claudio. Nous ne le savions pas à l’époque, mais les années fastes étaient derrière nous.»

Surmonter les défis économiques

De fait, peu après leur prise de fonction, le franc suisse s’est apprécié de 25% face à l’euro. Or, 80% de la clientèle de l’hôtel venait de Suisse et des pays de la zone euro. «Du jour au lendemain, nous sommes devenus 25% plus chers pour les Européens. Et pour les Suisses, les destinations européennes sont devenues 25% moins chères. Beaucoup de clients locaux ont choisi de partir en vacances à l’étranger, tandis que, pour un certain nombre d’Allemands, de Français ou d’Italiens, nous étions désormais hors de prix.»

La situation a duré cinq ans – cinq années «particulièrement délicates» selon les deux frères. Mais hors de question de ne rien faire: Patrick et Claudio sont allés voir leur père et leur oncle, Urs Kienberger, qui avaient encore leur mot à dire sur les décisions commerciales importantes, pour les convaincre d’investir. Objectif: créer un produit plus attractif et faire de l’hôtel un établissement prisé de la clientèle de luxe.

Au départ, nous nous étions réparti les rôles de façon assez classique.
— Claudio Dietrich

Avec le recul, estime Claudio, la conjoncture morose a finalement joué en leur faveur: «Nous aurions eu beaucoup plus de mal à les convaincre si l’hôtel avait été complet toute l’année. Il fallait nous réinventer, et nous en étions tous conscients.»

Du nouveau pour relancer l’activité

Le principal investissement a pris la forme d’un nouveau spa, inauguré en 2016, année qui a marqué un redémarrage de l’activité, redémarrage qui ne s’est plus démenti depuis.

Si les attributions de leur père n’ont pas changé depuis la transition de 2010, les deux frères ont en revanche totalement repensé leurs propres postes.
«Au départ, nous nous étions réparti les rôles de façon assez classique», raconte Claudio. Lui se chargeait de la cuisine et du bar, ainsi que de l’administration, tandis que Patrick s’occupait des chambres et des aspects commerciaux.

Leur oncle, qui avait dirigé l’hôtel avec leur père, voulait conserver une participation opérationnelle, ce qui a parfois fait quelques étincelles. «Prendre des décisions quand on est trois, c’est difficile, donc mon oncle s’est retiré en 2014», résume Patrick.  

Quatre ans plus tard, le duo a mis en place sa propre structure opérationnelle. Une structure qui s’appuie sur les points forts de chacun: des réservations aux commentaires, Claudio est l’interlocuteur des clients, tandis que Patrick se consacre au fonctionnement du Waldhaus. Leur père, leur oncle et d’autres membres de la famille font partie du conseil d’administration, qui compte aussi des membres extérieurs et se prononce sur les choix stratégiques.

Une piscine intérieure a été inaugurée en 1970. Elle fait partie de l’espace bien-être de 1500 m². Crédit et copyright : Nina Baisch

Pour Claudio, il est plus simple de décider quand on est deux: «ces 15 dernières années, il nous est arrivé de ne pas être d’accord, mais c’était plus sur des questions de forme que de fond».

Pour les deux frères, le fait que l’entreprise soit familiale comporte énormément d’avantages, à commencer par la loyauté, la possibilité de voir à long terme et la capacité à prendre des décisions rapidement. Mais y a-t-il des inconvénients? «On ne choisit pas sa famille, et il faut faire avec le caractère de chacun», sourit Patrick avant d’ajouter que les points forts l’emportent largement.

On ne choisit pas sa famille, et il faut faire avec le caractère de chacun.
— Patrick Dietrich

Une chose est sûre: leur approche a payé puisque 2024 a été la meilleure année du Waldhaus depuis son ouverture en 1908.

Que diraient les deux frères aux familles où plusieurs générations travaillent ensemble? Pour Patrick, qu’il faut probablement plus de temps qu’on ne l’imagine pour que la jeune génération comprenne bien comment gérer l’entreprise.

Pour Claudio, qu’il faut faire attention à ne pas se laisser engloutir par la gestion quotidienne et la pression de la réussite quand on reprend l’activité, car cela empiète sur la planification stratégique.

«Au départ, il fallait tout apprendre, participer à tout ce qui se passait… On s’est sentis dépassés. Nous étions bien préparés, mais il y a un certain nombre de choses qu’on voulait faire ou changer à notre arrivée. Sauf que, trop occupés, nous n’avons pas eu le temps. Par exemple, il aurait été intéressant de réfléchir à qui de nous, de la quatrième génération ou des managers, devait prendre telle ou telle décision. Nous l’avons fait, mais beaucoup plus tard.» 

Dates clés

Depuis 1908, Waldhaus Sils a prospéré à travers cinq générations, surmontant tous les défis, de la guerre aux changements de direction, de l’introduction des saisons hivernales à la construction de nouvelles installations. L’esprit familial, une innovation permanente et la capacité d’adaptation de l’hôtel ont assuré son succès et sa croissance depuis plus d’un siècle, en en faisant une destination alpine très prisée.
1908

Après deux ans et demi de travaux, le Waldhaus Sils ouvre ses portes en juin.

1913

Les problèmes de santé des fondateurs obligent la deuxième génération à reprendre les rênes plus tôt que prévu. 

1924

La popularité des hivers alpins incite le Waldhaus à proposer une saison d’hiver. Le succès est au rendez-vous.

1939

La saison d’hiver est supprimée, mais l’hôtel reste ouvert tous les étés et la famille fait de son mieux pour sauver l’activité malgré la guerre.

1951

La troisième génération reprend le flambeau et relance la saison d’hiver en 1955, avec un succès encore plus franc.

1970

Une piscine intérieure est construite.

1977

La quatrième génération rejoint ses parents, aux côtés desquels elle travaille pendant une décennie.

1987

La troisième génération prend sa retraite et, deux ans plus tard, un oncle rejoint l’équipe dirigeante, désormais composée de trois personnes.

2010

Claudio et Patrick Dietrich, membre de la cinquième génération, prennent la direction de l’hôtel, tandis que leur père et leur oncle conservent un rôle opérationnel.

2016

Un nouveau spa est inauguré et vient renforcer une activité en constante amélioration.

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