Gérer la volatilité des marchés des changes
Le premier trimestre a montré à quel point les marchés des devises et des métaux précieux pouvaient s’avérer imprévisibles. Les chocs géopolitiques, les anticipations fluctuantes à l’égard des banques centrales et l’évolution des fondamentaux économiques ont engendré une forte volatilité et une incertitude accrue.
Cette situation impose de prendre du recul pour s’intéresser aux tendances de fond, déterminantes sur le long terme.
Dédollarisation
Le dollar reste un pilier de la finance mondiale, mais sa suprématie est aujourd’hui remise en question. Ces derniers mois, la hausse des prix de l’énergie et le statut des Etats-Unis en tant qu’exportateur net d’énergie ont donné un nouveau souffle au billet vert, qui a aussi profité du besoin de sécurité des investisseurs, sur fond de guerre en Iran et de tensions géopolitiques. Cette apparente solidité masque pourtant des défis structurels de taille.
Indice du taux de change effectif réel du dollar
Source: Pictet Wealth Management, Bloomberg L.P., as at 31.03.2026
La viabilité des finances publiques américaines suscite des inquiétudes croissantes. Les coûts liés aux conflits en cours et au creusement des déficits pèsent de plus en plus lourd sur le budget américain, tandis que la Fed subit des pressions pour mener une politique monétaire plus accommodante que les autres banques centrales. La demande en faveur du dollar reste forte, mais ces problèmes sous-jacents pourraient à la longue le fragiliser.
L’exceptionnalisme américain règne depuis des décennies
Et si cet équilibre se rompait?
Source: Pictet Wealth Management, Bloomberg L.P.; données au 31.03.2026
Les Etats et les institutions financières cherchent désormais des alternatives au billet vert pour leurs réserves et leurs échanges internationaux. Les banques centrales, en particulier sur les marchés émergents, diversifient leurs avoirs en devises et envisagent la transition vers un système monétaire plus multipolaire. Les données récentes reflètent cette tendance: en début d’année, le Dollar Index (DXY) a atteint son plus bas niveau depuis près de quatre ans.
Et malgré quelques brefs rebonds, la devise suit une tendance globalement baissière. L’arrivée d’un nouveau président à la tête de la Fed et les incertitudes juridiques entourant la politique commerciale américaine contribuent à brouiller les perspectives. Une approche rigoureuse en matière de couverture et de diversification devient donc cruciale pour les investisseurs, même si les actifs libellés en dollars peuvent encore offrir une protection en période de crise.
Chocs énergétiques et rééquilibrage monétaire
La guerre en Iran a marqué un tournant pour les marchés des changes, avec une hausse brutale et persistante des prix de l’énergie qui a assombri les prévisions de croissance et d’inflation. Auparavant focalisé sur les politiques budgétaires et monétaires, le marché a reporté son attention sur l’impact de la flambée des prix énergétiques dans les différentes régions.
Les exportateurs nets d’énergie tels que les Etats-Unis, l’Australie et le Canada ont globalement vu leurs monnaies se stabiliser, ou s’apprécier, et leur balance commerciale s’améliorer. Les importateurs nets d’énergie, notamment la zone euro, le Royaume-Uni, la Suède et le Japon, ont en revanche subi de nouvelles pressions à la baisse sur leurs monnaies. Comme déjà observé lors du conflit ukrainien en 2022, l’euro a ainsi chuté face au dollar alors que le prix du gaz naturel sur le marché néerlandais TTF (Title Transfer Facility) bondissait de près de 60% en réaction à la guerre en Iran.
Cette divergence est également visible dans les anticipations de politique monétaire des banques centrales. Les marchés des swaps ont ainsi intégré des hausses de taux de plusieurs banques centrales du G10 pour refléter l’impact de la hausse des coûts énergétiques sur l’inflation. La plupart des banques centrales adoptent toutefois une approche prudente, fondée sur les données et les développements géopolitiques. La Fed, la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre ont toutes indiqué qu’un changement de cap dépendrait de l’évolution de l’inflation et des risques mondiaux.
La ruée vers les valeurs refuges a également rebattu les cartes. Le dollar et le franc suisse profitent d’un regain d’aversion au risque, tandis que le yen voit son statut de valeur refuge ébranlé par une politique intérieure prudente et la dépendance du Japon à l’égard des importations d’énergie.
Rigueur et diversification
Les pics de volatilité et d’incertitude peuvent paraître insurmontables, mais une approche rigoureuse, diversifiée et axée sur le long terme en matière d’exposition au risque de change a depuis longtemps fait ses preuves pour renforcer la résilience d’un portefeuille.
En se concentrant sur les tendances sous-jacentes telles que le changement de statut du dollar, l’impact des chocs énergétiques et le rôle de valeur refuge des métaux précieux, les investisseurs peuvent gérer plus sereinement les turbulences à court terme. La conservation d’un cadre clair, le suivi régulier des expositions et une diversification prudente contribueront à préserver la solidité des portefeuilles, quels que soient les rebondissements de l’actualité.