Positionnement fort de l’industrie financière sur les enjeux climatiques

La poursuite des objectifs de développement durable passe nécessairement par une remise en question de notre modèle économique et des externalités négatives dont il est la cause. Pour le groupe bancaire Pictet, cette transformation systémique est devenue une norme qui s’impose à l’écosystème de la finance à part entière. Jean-Baptiste Douin, responsable de Pictet Wealth Management en France, décrit pour Forbes France l’évolution du rôle désormais plus proactif des banques autour de ces enjeux.

La finance peut-elle contribuer à rendre l’économie plus responsable ?

La finance joue un rôle indispensable pour rendre l’économie plus responsable et les acteurs européens du secteur sont assez précurseurs. Des mouvements écologistes ont mené depuis plusieurs décennies un lobbying en ce sens, sans aboutir pleinement à un changement de fond. C’est finalement aujourd’hui grâce au nerf de la guerre des financements qu’on aboutit à un changement radical : si une entreprise ne s’engage pas dans cet agenda environnemental et social, elle risque tout simplement de ne plus pouvoir financer sa dette, voire de perdre la confiance de ses actionnaires.

Par ailleurs, chez Pictet, nous avons la conviction que c’est par de nouvelles technologies que nous pourrons changer la société. Elles facilitent le changement pour des habitudes de consommation plus vertueuses. Certaines technologies sont encore inexistantes ou non déployées à l’échelle industrielle et il faut investir en amont afin de les développer et de permettre un déploiement rapide. Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et maintenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 1,5 degré, nous avons identifié plusieurs exemples d’opportunités d’investissement dans des projets innovants et prometteurs dans les énergies renouvelables, l’efficience énergétique, les bâtiments verts ou encore la mobilité intelligente. Ces technologies sont un instrument puissant pour limiter la catastrophe qui nous guette si nous n’agissons pas.

Jean-Bapstiste Douin, responsable de Pictet Wealth Management France

Nous pensons que nos activités d’investissement ont un impact sur les résultats du changement climatique. Nous avons donc la responsabilité de comprendre comment atténuer l’impact négatif et favoriser l’impact positif. C’est d’ailleurs ce qui nous a motivé à rejoindre l’initiative de la Net Zero Asset Managers et de la Science Based Targets qui fixent des objectifs de neutralité carbone pour les gestionnaires d’actifs.

Cette prise de conscience autour de l’enjeu climatique est-elle nouvelle ?

Auparavant, la stratégie de l’industrie financière se limitait à l’exclusion des actifs polluants de leur portefeuille. Mais il y a aujourd’hui un positionnement fort de l’industrie financière sur les enjeux climatiques. Pictet se considère comme un actionnaire engagé et influent sur la gouvernance des sociétés qu’elle accompagne. Si une entreprise pollue ou contribue à investir dans les énergies fossiles par exemple, nous pouvons décider de nous retirer ou de limiter nos investissements.

Toutefois, l’enjeu n’est pas de se retirer systématiquement mais bien de tenter d’influencer les décisions prises par les équipes dirigeantes en interne. En exerçant notre droit de vote aux assemblées générales pour soutenir les transformations nécessaires dans certaines industries clés.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la mesure et la gestion des risques environnementaux et sociétaux chez Pictet ?

Nous considérons le changement climatique à la fois comme un défi urgent et comme une occasion unique de construire un avenir meilleur. En tant que gestionnaire d’actifs, nous avons la responsabilité de nous engager dans un agenda rigoureux de préservation de l’environnement.

Pictet contribue à la lutte contre le changement climatique par le biais d’une série d’objectifs clairs en matière d’activités et d’investissements, ainsi que d’objectifs concrets visant à réduire de manière significative l’impact environnemental de ses propres activités et investissements. Depuis 2007, nous avons réduit nos émissions de CO2 par employé de 73% et d’ici 2025, nous visions une réduction de 60% de nos émissions directes de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2019. En outre, depuis 2020, notre bilan est effectivement exempt de combustibles fossiles.

Dans le même temps, nous pensons que nos activités d’investissement ont un impact sur les résultats du changement climatique. Nous avons donc la responsabilité de comprendre comment atténuer l’impact négatif et favoriser l’impact positif. C’est d’ailleurs ce qui nous a motivé à rejoindre l’initiative de la Net Zero Asset Managers et de la Science Based Targets qui fixent des objectifs de neutralité carbone pour les gestionnaires d’actifs.

La transition vers une économie durable, sans émission de carbone, sera un processus complexe. Elle nécessitera de profonds changements dans les politiques publiques, les pratiques commerciales et les choix de vie personnels. Elle nécessitera également une collaboration accrue entre les nations et les industries, ainsi que la réorientation de milliers de milliards de dollars de capitaux vers les technologies vertes. Au sein de notre dernier rapport “Active Ownership 2021”, nous avons détaillé toutes les influences à même d’infléchir des stratégies de grand groupe. Nous aidons nos clients à se transformer ou à participer à la transformation climatique. C’est par une maîtrise collégiale des métriques ESG que les entreprises vont pouvoir profiter du futur. L’objectif étant d’inscrire à l’ordre du jour des assemblées générales des problématiques liées à l’origine des matières premières, au packaging, à la logistique ou encore l’utilisation d’énergie renouvelable.

Enfin, sur le volet social, nous soutenons activement la promotion d’une culture inclusive. En tant qu’employeur qui défend l’égalité des chances, nous cherchons à proposer des opportunités d’emploi et de promotion pour toutes et tous, indépendamment de toute caractéristique personnelle.

Le monde financier est-il prêt à assumer ces enjeux?

 Il faut que le monde financier prenne conscience que nos actions d’aujourd’hui créeront des risques à terme. Les épisodes caniculaires que nous avons vécu cet été, mais également tout au long de ces dernières années, montrent à quel point le changement climatique n’est plus théorique mais bien concret. La peur de l’avenir est évidemment une cause du passage à l’action mais il est aussi indispensable de détailler les opportunités d’investissements alternatifs et de performance qu’offre l’innovation dans le domaine de la préservation climatique.

Mais il faut prendre des mesures dès maintenant. D’après un rapport de 2021 du cabinet de conseil PwC, un investisseur sur deux est prêt à céder sa participation si une entreprise ne prend pas de mesures en faveur des questions ESG. Cette pression va logiquement pousser les sociétés à s’y intéresser.

Dans un contexte de multiples crises sanitaires, géopolitiques ou encore énergétiques que nous traversons, les acteurs économiques pourraient estimer que les thématiques ESG sont un risque trop élevé à assumer, vous ne croyez pas ?

Effectivement, certains industriels ont peur de se lancer pleinement dans une transition durable, par crainte de perdre un avantage compétitif à court terme face à leurs concurrents. Au contraire, d’autres estiment que ne pas intégrer les critères ESG pourrait se révéler risqué. Nous les invitons à s’intéresser davantage aux nouvelles technologies et aux start-ups pour mieux innover sur les thématiques ESG. Notre rôle dans l’industrie financière est d’encourager l’innovation à long terme. Cela signifie identifier et débloquer les fonds nécessaires à l’émergence de technologies de pointe dans le domaine de l’environnement.
 

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