Mobilité: pourquoi certains font le choix de la résidence alternative
Affronter les incertitudes
Le monde n’a jamais été aussi complexe. Montée des tensions géopolitiques, enjeux sanitaires mis en lumière par la pandémie, incertitudes économiques… Pour les personnes privées comme pour les familles, l’actualité récente a fait naître un besoin de résilience afin de diminuer les risques.
Comme l’explique Olivier Schmidt, Head of Wealth Planning Emerging Markets chez Pictet Wealth Management, les personnes privées et les familles sont souvent très préoccupés par ces évolutions. «Que se passera-t-il si, demain, je ne peux plus accéder à mes actifs parce que mon pays a été placé sous sanction? Ou si, du jour au lendemain, je ne peux plus voyager comme avant et si je ne peux plus aller voir les membres de ma famille? Ce sont des questions qu’on me pose de plus en plus souvent», explique-t-il.
«Que se passera-t-il si, demain, je ne peux plus accéder à mes actifs parce que mon pays a été placé sous sanction? C’est une question qu’on me pose désormais.»
Que faire? C’est la question que se sont posée les familles dont Pictet vous raconte l’histoire. Des familles qui ont trouvé des solutions créatives à ces situations qui peuvent être angoissantes. Si leurs choix sont intimement liés à leur situation personnelle, ils ont un point commun: le fait d’envisager la résidence alternative – voire la double nationalité – comme un facteur de résilience dans un monde imprévisible. Des décisions pertinentes pour celles et ceux qui les ont prises, mais aussi pour les pays qui ont ouvert leurs portes à la mobilité contemporaine et se sont enrichis sur le plan tant financier que culturel.
Echapper aux sanctions potentielles grâce à la double nationalité
Le spectre des sanctions économiques inquiète depuis longtemps les familles fortunées qui vivent dans des pays en proie aux tensions géopolitiques. Au Moyen-Orient, l’une d’elles a cherché une solution à ce qu’elle considérait comme des facteurs de risque multiples.
Rester, cela voulait dire risquer de perdre sa liberté de circulation, et donc ne plus pouvoir se rendre au Royaume-Uni, où elle comptait des proches, ou en Europe continentale, où elle possédait des intérêts commerciaux. Elle craignait aussi que les sanctions économiques finissent un jour par l’empêcher de protéger ses actifs financiers sur place ou d’y avoir accès.
La solution: s’installer en Grèce en achetant un bien immobilier. Devenue propriétaire d’un grand appartement près de Thessalonique, la famille a pu profiter des avantages inhérents au fait de vivre dans un pays de l’Union européenne, à commencer par la libre circulation dans les 27 pays qui la composent.
De fait, plusieurs milliers de familles prêtes à déménager pour trouver la résilience ont bénéficié du programme de golden visas de la Grèce. Un programme dont le pays tire aussi parti, puisque, l’an passé, il a rapporté près d’un milliard d’euros de recettes en cinq mois – de quoi soutenir l’économie dans un contexte difficile.
Aujourd’hui, la matriarche envisage de demander la nationalité grecque parce qu’elle se plaît beaucoup en Grèce, mais aussi parce qu’elle estime que la démarche conforterait sa capacité à se déplacer librement en Europe et à aller voir ses enfants, qui vivent au Royaume-Uni.
Changer de résidence pour trouver la tranquillité d’esprit
Il y a deux ans, un entrepreneur qui avait grandi et fait fortune en Europe de l’Est s’est mis en quête de sécurité. Les bouleversements des chaînes logistiques mondiales et la montée des tensions commerciales le rendaient pessimiste quant à l’avenir, et il voulait un endroit où se réfugier si la situation venait à se dégrader.
Ses critères: Etat de droit solide, nature luxuriante et vie au grand air. Sans descendance, il avait d’ores et déjà décidé de léguer sa fortune à des projets sociaux pour les habitants de sa ville natale, mais il voulait le faire à ses conditions et selon son calendrier.
Son choix s’est finalement porté sur la Nouvelle-Zélande, un pays où la mobilité géographique ne posait pas de problème et où il pouvait vivre une vie simple dans un environnement sûr. Les paysages grandioses et la faible densité de population ont achevé de le convaincre, lui qui rêvait de grands espaces naturels et sauvages. «Avoir un plan B, c’était quelque chose qui comptait beaucoup pour lui, explique Olivier Schmidt. Il voulait tout simplement avoir une solution de repli au cas où.»
«Au cas où», une expression qui revient très souvent dans la bouche des familles fortunées que rencontre Olivier Schmidt. «Il ne s’agit pas toujours d’un besoin ou d’une volonté d’aller vivre ailleurs, ajoute-t-il. Il s’agit plutôt de se préparer à l’avenir en ayant cette possibilité.»
Pouvoir se déplacer pendant la pandémie
Loin des centres économiques et financiers que sont Zurich et Genève, le canton suisse des Grisons offre depuis des siècles air pur, magnifiques paysages, sécurité et (bien sûr) stabilité politique. Mais depuis la pandémie, c’est aussi un refuge pour les personnes privées et les familles qui veulent conjuguer mobilité géographique, tranquillité d’esprit et médecine d’excellence.
Un couple originaire d’Asie s’y est installé quand le covid a déferlé sur le monde, poussant les autorités à prendre des mesures draconiennes dans leur pays d’origine: restrictions massives des voyages à l’étranger et fermeture de facto des frontières.
Le fait de s’installer dans un nouveau pays leur a permis de préserver leur capacité à voyager, et donc à voir leurs proches. Ce déménagement a donné un nouveau souffle à leur vie.
Inquiets de ne plus pouvoir rendre visite aux membres de leur famille qui vivaient en Europe, ils ont déménagé dans une maison tout droit sortie d’une carte postale. Désireux de rester plus que les 90 jours prévus par le visa touristique, ils ont bénéficié de l’approche pragmatique adoptée par la Suisse pendant la pandémie. Le pays s’est en effet montré moins rigide que ses voisins européens, ce qui a permis au couple d’aller rendre visite à ses proches quand les règles se sont assouplies. Ils ont aussi pu bénéficier d’un système de santé à la réputation mondiale. Aujourd’hui, ils ont posé leurs valises pour de bon dans les Grisons.
«Le fait de s’installer dans un nouveau pays leur a permis de préserver leur capacité à voyager, et donc à voir leurs proches, raconte Olivier Schmidt. Ce déménagement a donné un nouveau souffle à leur vie.»