Les domaines les plus impactés par l’IA

Les domaines les plus impactés par l’IA

Carl Frey, membre du conseil consultatif thématique de Pictet Asset Management, analyse le passé pour comprendre comment l’IA peut transformer l’économie mondiale

À chaque levée de boucliers face au risque de suppression d’emplois par l’IA, une voix apaisante se fait entendre: l’intelligence artificielle est «juste» un outil de productivité. Elle nous aide à rédiger des e-mails, à résumer des documents et à coder plus rapidement. Il n’y a rien à craindre, nous dit-on, elle accélère tout simplement l’exécution de tâches que nous faisons déjà.

Mais ce point de vue passe à côté de quelque chose d’essentiel sur la façon dont les grandes technologies ont changé l’économie par le passé. La grande histoire s’écrit lorsqu’une technologie existante trouve de nouvelles applications efficaces. La vapeur n’est pas devenue indispensable juste parce que quelqu’un a inventé un meilleur moteur. Elle l’est devenue lorsque ce moteur a été intégré à des locomotives et des bateaux. L’électricité n’a pas transformé le monde juste en remplaçant les lampes à pétrole. Elle l’a fait en entrant dans l’industrie et dans les foyers sous forme de nouveaux appareils. De même, le moteur à combustion interne n’est devenu une force économique qu’au moment où il a propulsé les voitures, les camions et les avions.

Si nous voulons comprendre l’impact futur de l’IA sur la productivité, nous ne devons pas nous laisser éblouir par ses capacités brutes, mais porter notre attention sur ses domaines d’application. La bonne nouvelle, comme nous le verrons, est qu’elle promet de débloquer des gains de productivité dans des secteurs qui stagnaient auparavant.

De la vapeur aux ordinateurs

Prenez la vapeur. Au début du 18e siècle, les moteurs à vapeur étaient des outils bien pensés, mais réservés à des applications extrêmement précises, principalement pour drainer les mines de charbon. Les pompes à vapeur étaient beaucoup plus efficaces que les chevaux et les seaux, mais le secteur économique dans son ensemble a à peine remarqué ce changement. Les usines continuaient d’utiliser la force hydraulique. Cette technologie n’a pas non plus été perçue dans les foyers. Si la vapeur n’était pas sortie des mines, elle serait restée une simple note de bas de page dans les livres d’histoire, pas une force transformatrice. La productivité n’a augmenté que lorsque les moteurs à vapeur ont été placés sur des roues et des rails. Le chemin de fer a réduit les temps de déplacement et le coût du fret, redéfinit les itinéraires commerciaux et les marchés du travail, et même forcé la standardisation du temps lui-même. L’impact économique de la vapeur a changé lorsque son application s’est étendue, passant d’une pompe stationnaire dans les mines à un système de transport mobile et en réseau.

L’électricité a suivi un développement similaire. Au tournant du 20e siècle, elle était majoritairement considéré comme un substitut qui venait remplacer les moteurs à vapeur par des moteurs électriques, les lampes à gaz par des ampoules, et ainsi de suite. Cette transformation a eu du bon: Les moteurs ont gagné en souplesse, les ampoules en sécurité et en propreté, mais pendant un certain temps, l’électricité semblait être une modernisation graduelle et utile, pas une révolution. Le véritable tournant a été atteint lorsque l’électricité a trouvé de nouvelles applications qui ont réorganisé la production, les villes et les foyers. Les usines ont été reconstruites autour de petits moteurs décentralisés au lieu d’un seul grand moteur, ce qui s’est accompagné de nouveaux aménagements et de gains de production. Les tramways et les métros ont transformé l’électricité en mobilité urbaine, ce qui a favorisé l’allongement des distances entre le lieu de résidence et de travail, et remodelé les villes. Dans les foyers, une alimentation électrique fiable a permis l’avènement des réfrigérateurs, des machines à laver, des aspirateurs, des fers à repasser, des radios et des téléviseurs. Toutes ces applications était une variation de la même technologie, cependant, ensemble, elles ont changé la vie quotidienne et ouvert de nouveaux marchés.

Le moteur thermique est un autre exemple. Fondamentalement, il s’agit juste d’une machine qui transforme le carburant en mouvement, utile certes, mais pas non plus un bouleversement. Sa véritable puissance économique apparaît lorsque l’on examine ses applications. Tout d’abord, il propulse les voitures. L’automobile a fait bien plus que remplacer le cheval et la calèche: elle a transformé la géographie des zones de travail et de résidence, elle a alimenté la croissance en périphérie des villes et elle a engendré des commerces au bord des routes et de nouveaux comportements pour se rendre au travail. Les mêmes moteurs ont été intégrés dans les camions, ce qui a ouvert la voie au transport longue distance et à la production juste-à-temps. Puis ce moteur a conquis le ciel. Avec le transport aérien, voyager est devenu une activité ordinaire après avoir été quelque chose d’exceptionnel et le tourisme s’est développé à une échelle que les observateurs du 19e siècle auraient été bien en peine de prévoir.

Les ordinateurs et Internet s’inscrivent dans cette histoire, à ceci près que l’effet a été plus rapide. Pendant longtemps, les ordinateurs étaient invisibles du plus grand nombre, car ils exécutaient dans l’ombre des systèmes de paie et de gestion des stocks. Il s’agissait certes d’outils précieux, mais que l’on retrouvait principalement dans la rationalisation des processus existants. Les gains de productivité spectaculaires de la fin des années 1990 et du début des années 2000 ont vu le jour lorsque l’informatique a été appliquée de nouvelles manières: les PC en réseau dans les bureaux, bien sûr, mais aussi les sites d’e-commerce, les places de marché numériques, les moteurs de recherche et, plus tard, les smartphones et les magasins d’applications.

Où en est l’IA?

Actuellement, l’IA sert principalement à faire des choses que l’on connaît: elle nous assiste efficacement dans nos processus existants. Elle aide les employés à rédiger des e-mails, à peaufiner des textes marketing, à écrire du code, à résumer de longs documents et à répondre aux questions des clients. Il s’agit d’applications intéressantes. De premiers éléments montrent un gain de temps considérable, en particulier pour les tâches récurrentes qui reposent fortement sur du texte. Les employés indiquent traiter plus rapidement les messages dans leur boîte de réception. Les jeunes collaborateurs arrivent à produire des premières ébauches de meilleure qualité. Les équipes d’assistance ont un meilleur rendement par heure.

Si le développement de l’IA venait à s’arrêter ici, elle demeurerait toujours un outil important. À l’instar de l’électrification ou de l’informatique à leurs débuts, cette vague d’IA en tant qu’outil de productivité présente aussi des avantages évidents. Mais l’histoire laisse penser que les véritables impacts économiques apparaissent lorsqu’une technologie est appliquée dans des domaines qui ont longtemps résisté aux améliorations de la productivité.

Prenons le secteur des services. Depuis des décennies, les économistes s’inquiètent de la «maladie du coût» des services, un concept rendu célèbre par William Baumol. De nombreux services (soins à la personne, nettoyage, hôtellerie-restauration, commerce de détail de base, logistique quotidienne) sont difficiles à automatiser et ont connu une croissance lente de la productivité. Les enseignants continuent de se tenir devant leur classe. Les serveurs continuent d’apporter les commandes à table. Les soignants continuent d’aider leurs patients à se mettre au lit et à en sortir. Ces emplois sont essentiels, mais exigent beaucoup de main-d’œuvre. Par conséquent, une grande partie de l’économie moderne est restée bloquée par une faible croissance de la productivité.

L’IA a le potentiel de changer cela, non seulement en raison de sa capacité à automatiser le travail lié aux connaissances, mais aussi en raison d’applications très concrètes qui associent l’IA à des capteurs, des actionneurs et du matériel mobile. En d’autres termes: à des robots.

Depuis des décennies, les robots sont cantonnés dans des usines, soudent des carrosseries de voitures et assemblent des composants électroniques sur des lignes de production en suivant une chorégraphie précise. Ces environnements sont contrôlés et prévisibles, ce qui convient bien aux robots industriels traditionnels. Mais ils ne représentent qu’un pan de l’économie globale. Les récentes avancées de l’IA rendent aujourd’hui possibles un autre type de robot: celui-ci est capable de se déplacer dans des espaces encombrés, de reconnaître des objets, d’interpréter des instructions en langage naturel, de s’adapter à des conditions changeantes et de coordonner son action avec des personnes.

Alors que ces robots font leur entrée dans les supermarchés, les entrepôts, les hôpitaux, les hôtels et les maisons, nous devrions nous attendre à ce que l’histoire de la productivité de l’IA passe à la vitesse supérieure. Un robot de nettoyage qui peut fonctionner en toute sécurité à côté des personnes dans un centre commercial ou un aéroport est une application nouvelle de l’IA. Il en va de même pour un robot capable de réapprovisionner les rayons, de déplacer des marchandises dans un entrepôt sans rails fixes ou d’aider un soignant à effectuer les tâches physiques de son travail. Ajoutez des véhicules autonomes ou semi-autonomes, des drones pour les livraisons et les inspections, et des systèmes d’IA qui coordonnent les flottes de ces machines, et vous commencerez à voir comment cette technologie pourrait étendre ses ramifications au cœur de l’économie des services à faible productivité.

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