Myriam and Nathalie – Le retour du tricot et du crochet

Un léger brouhaha s’élève d’un petit bar niché au cœur de Genève. A l’intérieur, des personnes de tous les âges et de tous les milieux, principalement des femmes, sont réunies autour d’une longue table et s’affairent ensemble à leurs ouvrages alors que la nuit s’installe peu à peu. En fond sonore, un air de jazz complète le tableau. Nous sommes à “La Frange”, un «bar à tricot» qui est aussi une boutique de laine et accueille des «apéro-tricots». C’est ici que vous pourrez trouver, certains soirs de semaine, Myriam de Freudenreich et Nathalie Capitan, toutes les deux passionnées de loisirs créatifs depuis l’enfance.

Le stéréotype a longtemps eu la vie dure : le tricot et le crochet, c’est l’apanage des grands-mères blotties dans leur fauteuil. Et pourtant, ces dernières années, ces activités traditionnelles connaissent un incroyable regain d’intérêt, en particulier auprès des «millennials» et de la génération Z. Les plus jeunes, adeptes du bricolage et du fait-main, trouvent leur inspiration sur Instagram, TikTok ou Pinterest, des plateformes sur lesquelles créatrices et influenceuses partagent des tutoriels, des patrons, mais aussi leurs créations une fois terminées. Ces activités sont encore plus en vogue depuis que des personnalités comme l’ancienne «First Lady» Michelle Obama, le plongeur olympique britannique Tom Daley ou encore la chanteuse Demi Lovato ont été aperçus en public en train de tricoter ou de crocheter. Pour Myriam et Nathalie, il s’agit de bien plus qu’une tendance, ce sont les passions de toute une vie.

«Je tricote toutes les semaines depuis au moins 40 ans», dit Myriam, parée d’un magnifique châle tricoté par ses soins. Nathalie passe autant de temps à crocheter, le soir et le week-end, et même pendant les longs trajets en voiture (quand elle n’est pas au volant, bien sûr). Elles ont toutes les deux appris à coudre, tricoter et crocheter à l’école primaire, à une époque où on enseignait aux filles à manier les arts textiles pour tenir une maison, tandis que les garçons étaient formés à la menuiserie et à d’autres activités physiques. Leurs premières «clientes» étaient leurs poupées : «J’avais une grande poupée que j’habillais très mal, jusqu’à ce que je m’améliore», se souvient Nathalie en souriant. Myriam ne dément pas et reconnaît même qu’au début, ses poupées ont dû subir des vêtements d’un goût discutable pendant un certain temps.

Les gens sont intéressés par le processus de création d’objets faits main et ils posent beaucoup de questions.
— Natalie Capitan

Les années ayant passé, ces attentes culturelles vis-à-vis des femmes sont devenues obsolètes. Et pourtant, Myriam et Nathalie ont continué de pratiquer leurs loisirs, qui leur offraient un espace où exprimer leur personnalité. De la conception de pièces sur mesure uniques à des choix audacieux de couleurs, ou des motifs complexes et délicats, elles ont gagné en habileté jusqu’à fabriquer désormais tout un éventail de créations, dont des vêtements, des sacs, voire des objets décoratifs et pratiques, comme les éponges réutilisables que fabrique Nathalie, appelées les «gratounettes». Aujourd’hui, leurs créations faites main sont particulièrement appréciées, des cadeaux parfaits pour des occasions spéciales.

Outre la joie de créer, le tricot et le crochet leur ont aussi apporté du réconfort dans des périodes difficiles. «Pour moi, le crochet est une forme de thérapie ou de méditation. Quand on se lance dans un projet, il faut compter chaque point pour obtenir la forme et la taille souhaitées. Ensuite, la mémoire gestuelle s’enclenche, et on peut laisser son esprit divaguer», explique Nathalie.

Sans surprise, la pandémie a fait revenir ces loisirs sur le devant de la scène, chacun étant à la recherche de hobbies à la fois relaxants et productifs, à faire à la maison. Et grâce à internet, le tricot et le crochet n’ont jamais été aussi accessibles: tutos gratuits, vidéos YouTube et patrons à télécharger ont rendu ces activités bien plus abordables, notamment pour les débutants qui souhaitent se lancer. «Avant, il fallait réussir à comprendre des instructions écrites et des schémas. Maintenant, je suis des tutos sur YouTube, parfois même en japonais ou en coréen. J’apprends en regardant, et la langue n’est plus un obstacle», indique Nathalie.

Cette résurgence en ligne s’est également traduite par une vague d’événements en présentiel, au cours desquels on se retrouve pour tricoter ou crocheter ensemble. Cercles de tricoteuses, ateliers et salons du tricot sont devenus particulièrement prisés, créant un véritable sentiment d’appartenance. D’ailleurs, il y a même eu un temps chez Pictet un club de tricot, au sein duquel Myriam et Nathalie se sont découvert cette passion commune.

Toutes deux apprécient justement l’aspect social de l’activité. Pendant très longtemps, elles ont pratiqué leur passion en solo, alors qu’aujourd’hui, elles sont des membres actives de leurs communautés respectives. «Je me suis fait beaucoup d’amies grâce au tricot», dit d’ailleurs Myriam. 

Habituée des événements organisés à La Frange, elle contacte également des créateurs qu’elle admire, et va parfois même jusqu’à les rencontrer en personne. C’est par ce biais que Myriam a découvert les salons spécialisés, qui lui ont fait connaître des producteurs de laine et d’autres passionnés de toute l’Europe.

Certains pensent que c’est monotone ou ennuyeux, et que ça ne sert qu’à faire passer le temps aux personnes âgées. Alors qu’au contraire, ce sont des activités très créatives et complexes. Maîtriser des techniques avancées nécessite d’excellentes aptitudes et beaucoup de pratique.
— Myriam de Freudenreich

De son côté, Nathalie a fait de sa passion une activité accessoire. Pour éviter que ses très nombreuses créations s’entassent chez elle, elle a créé un site de vente en ligne appelé «1000idées» et a commencé à exposer et à vendre des sacs et autres objets faits main sur les marchés de Noël. «Je rencontre d’autres exposants, dont certains sont même devenus des amis», dit-elle. Elle aime aussi l’échange avec les clients: «Les gens sont intéressés par le processus de création d’objets faits main et ils posent beaucoup de questions.»

La popularité croissante du tricot et du crochet a largement transformé ces loisirs traditionnels. Les communautés en question bouillonnent de créativité et le partage des connaissances y est roi. Myriam et Nathalie ont beaucoup gagné en compétences ces six dernières années, et leurs projets sont de plus en plus ambitieux. «Les plateformes en ligne, les événements, les marchés et les salons sont autant d’espaces propices à un dialogue très ouvert. On s’échange des astuces, on partage des idées et on s’inspire les unes les autres», indique Myriam. Ainsi, une autre tricoteuse lui a enseigné une technique de tricot sans couture qui permet de réaliser des vêtements plus confortables. Elle s’est aussi lancée dans l’utilisation de fibres naturelles non traitées, comme la soie et la laine de yack et de chameau.

Même si Nathalie est récemment devenue grand-mère, avec une liste de projets de layette qui s’allonge, l’une comme l’autre vont à rebours des clichés qu’on associe souvent au tricot et au crochet. «Certains pensent que c’est monotone ou ennuyeux, et que ça ne sert qu’à faire passer le temps aux personnes âgées. Alors qu’au contraire, ce sont des activités très créatives et complexes. Maîtriser des techniques avancées nécessite d’excellentes aptitudes et beaucoup de pratique, et le côté social est incroyablement dynamique», défend Myriam. Nathalie ajoute: «Dans un monde dominé par la fast-fashion, la production de masse et l’IA, les loisirs créatifs sont comme un antidote.»

Une chose est certaine: ni Myriam ni Nathalie ne risquent d’être à court de projets de sitôt.

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