Midterms américaines: une déferlante bleue
A l’issue d’une victoire incontestable lors des élections de mi-mandat (midterms), les démocrates ont remporté la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, infligeant un revers cinglant au président Trump.
Des résultats qui témoignent de la colère des électeurs à l’égard du
coût de la vie, des droits de douane et de l’essor de l’intelligence
artificielle (IA). Preuve de cette exaspération, le Kansas a élu son premier
sénateur démocrate depuis 1932 et le Texas, le premier depuis 1988.
Projection des résultats des élections:
Chambre des représentants, Sénat et gouverneurs
Source: Pictet Wealth Management, WSJ, NYT, au 5.11.2026
Les démocrates devraient obtenir la majorité absolue à la Chambre et environ 56 sièges sur 100 au Sénat, tout en empochant plusieurs postes de gouverneurs très en vue. Les marchés ont été rassurés par la composition du groupe démocrate, clairement modéré, signe que le parti se consolide autour de sa frange centriste en vue de l’élection présidentielle de 2028.
Composition indicative du groupe parlementaire démocrate
Source: Pictet Wealth Management, au 5.11.2026
Mais même majoritaires, les démocrates ne seront pas libres de leurs mouvements: il faut 67 voix au Sénat pour passer outre un éventuel veto présidentiel, ce dont ils ne disposent pas. Les mesures qui seront votées seront donc le fruit de négociations bipartisanes ciblées, et pas l’incarnation d’un vasteprogramme de gauche.
La situation au Congrès pourrait également inciter le président Trump à s’appuyer davantage sur ce qu’il peut faire sans l’aval des élus, le commerce et la politique étrangère étant des domaines où il peut toujours agir.
Une procédure de destitution à son encontre exposerait au grand jour les dissensions qui existent au sein du parti démocrate. Et même si la Chambre prononçait un impeachment pour la troisième fois, il faudrait, pour l’entériner, une majorité des deux tiers au Sénat dont les démocrates ne disposent pas. L’affaire aurait donc toutes les chances de déboucher sur une agitation médiatique plus que sur un changement de président.
Conséquences
Politique budgétaire
Le président Trump conservant son droit de veto, il semble peu probable que des mesures de consolidation ou de relance budgétaire d’ampleur soient actées. Et même si cela devait être le cas, il existerait un risque de dérive du déficit sous l’effet de l’augmentation des dépenses dans la santé et la défense. En Californie, les électeurs devaient se prononcer sur une taxe de 5% sur les milliardaires. Son adoption semble peu probable, signe quela fiscalité du patrimoine n’est actuellement pas une priorité en Amérique.
Trajectoire de la dette
Plusieurs dates clés créeront des espaces de négociation: une paralysie des services de l’administration (shutdown) est possible à partir du 11 décembre et le plafond de la dette devrait être atteint courant ou fin 2027. Aucun des deux partis n’ayant intérêt à provoquer une crise budgétaire durable, chacun aura à cœur de faire des concessions. Des accès de volatilité sont donc à prévoir autour des dates importantes, mais sans amélioration durable de la trajectoire de la dette.
Géopolitique
Les démocrates pourraient essayer de faire voter le Congrès sur la guerre en Iran et utiliser les enquêtes, les dispositifs de financement et leur droit de supervision pour tordre le bras à l’administration, mais, aux Etats-Unis, le président possède des prérogatives étendues en matière de politique étrangère. Le risque est donc que la politique soit plus longue et plus coûteuse à mener, mais sans que son orientation ne change rapidement.
Commerce
Le commerce est le principal risque post-élections puisque le président peut agir de façon unilatérale. Les investisseurs ne doivent donc pas confondre bras de fer législatif et stabilité politique. L’incertitude qui entoure les droits de douane risque de rester source de volatilité pour les secteurs sensibles aux importations, les chaînes logistiques mondiales et les partenaires commerciaux des Etats-Unis.
Intelligence artificielle (IA)
Neuf des dix Etats les plus demandés pour la construction de data centres en 2027 devraient être dirigés par des gouverneurs démocrates, dont certains ont émis l’idée de suspendre les travaux dans l’attente de nouvelles règles – et potentiellement de nouvelles taxes -, une situation qui pourrait freiner le boom des data centres dans le pays et rendre les capacités de calcul existantes plus précieuses, puisque la demande en IA ne faiblit pas.
Les 10 Etats comptant le plus grand nombre de projets de data centres
Source: Pictet Wealth Management, RCP, Datacenter map, 270towin as at 5.11.2026